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L'Eglise Aristotelicienne Romaine The Roman and Aristotelic Church Forum RP de l'Eglise Aristotelicienne du jeu en ligne RR Forum RP for the Aristotelic Church of the RK online game 
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Ingeburge
Inscrit le: 30 Déc 2006 Messages: 9794 Localisation: L'alta città delle città reina
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Posté le: Ven Oct 16, 2009 6:15 pm Sujet du message: [RP] ... les charognards attendraient |
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Quand le soleil s'était encore levé, ils étaient là, noblement morbides et splendidement macabres. Leurs ailes à l'envergure infinie étaient déployées, majestueuses, et ils se contentaient pour l'heure de planer, se laissant porter par les courants ascendants, décrivant de larges cercles concentriques au-dessus du lieu qui retenait toute leur attention. C'est qu'ils avaient été alertés par deux signes qui ne trompaient pas : la présence de grands corbeaux, arrivés en éclaireurs, qu'ils avaient repéré grâce à leur vue perçante et l'odeur, cette odeur que d'aucuns trouvaient nauséabonde et qui pour eux, n'était rien d'autre qu'un fumet aux délectables et vitales promesses.
Pour l'heure donc, les vautours moines observaient, hautains et peu pressés, sachant que lorsque le moment serait venu, place leur serait faite comme on laisse la place aux rois. Que les grands corbeaux en profitent donc tant qu'ils le pouvaient car bientôt ils devraient se retirer. Mais les lourds passereaux ne semblaient pas plus enclins à agir, ils restaient là, sur le sol, jetant de temps à autre leur cri rocailleux et guttural et s'ébrouant tout en faisant claquer leur bec. Ils se risquaient parfois à faire quelques pas de plus pour reculer aussitôt.
Le butin pourtant était prometteur : un corps gisait sur le sol et il était plus qu'évident que celui-ci ne se mouvrait plus. De loin, avec les yeux d'un humain, l'on aurait pu croire à une personne assoupie même si une personne allongée sur le dos, sur une route isolée, aurait pu paraître incongru. Mais l'illusion s'arrêtait là et rapidement, l'on prenait conscience que ce sommeil était de ceux qui étaient éternels. Les oiseaux nécrophages ne s'y étaient donc pas trompés même s'ils semblaient encore comme empêchés par une main invisible, hésitant à s'approcher. La dépouille engoncée dans ses soieries noires les tentait mais quelque chose les freinait. Etait-ce ce bijou aux éclats purpurins, mettant comme une tache sanglante sur la poitrine de la forme sombre qui les retenaient? Etait-ce vraiment cette médaille ronde qui agissait sur eux comme une amulette primitive aurait pu le faire sur des esprits malveillants? Car Dieu savait combien ils étaient attirés et combien cette attirance leur était naturelle.
Une légère brise se leva, faisant doucement remuer la robe de taffetas de soie et rendant plus perceptible encore l'odeur se dégageant du cadavre; effluves âcres, pestilentiels, prenant à la gorge, manifestation odorante de la putréfaction corporelle. Mais ce fétide signal qui avait attiré là les volatiles n'était pas le seul à prouver que la mort était manifeste. Les insectes bien sûr étaient déjà venus, quelques heures après le décès, porteurs de larves comme autant de colons avides de chair putrescente. Sous la tête, une flaque de raisiné noirâtre mêlé de matière cervicale s'étendait en corolle, , échappé en gros bouillons quelques jours plus tôt d'une blessure ouverte à l'arrière du crâne. Le visage, d'une pâleur marmoréenne, était marbré de taches érubescentes tirant sur le violacé et ces lividités se retrouvaient partout au niveau des parties déclives du cadavre, là où le sang avait stagné après l'arrêt du cœur. Du sang post-mortem encore s'était écoulé du nez et de la bouche à la mandibule pendante mais pas encore désarticulée, laissant çà et là quelques traînées carmin, ultimes écoulements produits par un corps désormais sans vie. Les paupières blafardes, quasi entièrement ouvertes, laissaient voir des yeux autrefois opalins obscurcis par une membrane glaireuse et visqueuse et dévorés par des pupilles largement dilatées. Les membres et les extrémités n'avaient pas encore gonflé, le corps se déshydratant pour le moment chaque heure davantage. Les mains, paumes tournées vers le ciel, étaient elle aussi frappées de lividités et à la base des longs doigts patriciens subsistait la marque faite par le port quotidien de bagues finement ouvragées, une seule du reste avait été laissée, un anneau passé à l'annulaire doit et sur lequel était monté un saphir. Les pointes des pieds, chaussés de souliers en cuir de Cordoue, étaient tournés vers l'extérieur. Seule la masse soyeuse des longs cheveux sombres semblait toujours pourvue de vie, vigoureuse encore et ondoyant sous la caresse légère du vent. Malgré les relents putrides et les chairs implacablement dégradées, le corps semblait réellement au repos maintenant que la rigidité cadavérique qui s'était installée quelques heures après la mort avait disparu, disparition annonciatrice donc du processus de décomposition des tissus.
Les vautours moines n'attendirent pas plus longtemps et fondirent sur le corps laissé à l'abandon. Les grands corbeaux, ainsi chassés, s'envolèrent non sans quelques protestations ridiculement inutiles que dédaignèrent superbement les accipitridés.
Les rapaces rendus maîtres des lieux sans le moindre combat s'approchèrent de la proie qui leur était offerte, leur tête au cou dépourvu de plumes et au bec acéré tendue vers leur but. Les mâchoires cornées attaquèrent d'abord la soie moulant le buste de la morte, cherchant à se frayer un passage vers le ventre aux viscères préservées. Le tissu déchiré laissa apparaître une peau verdâtre, en proie à la putréfaction. Ni l'odeur ni l'aspect de l'épiderme ne répugnèrent les appliqués volatiles qui s'apprêtèrent à dépecer leur victime fatalement consentante...
... Elle se réveilla brusquement, redressée sur sa couche, une main sur son ventre, une autre à l'arrière de sa tête, sa gorge ne pouvant émettre le moindre cri. Yeux largement ouverts, elle se mordait la langue avec force, tentant de réprimer la frayeur panique qu'elle sentait sourdre en elle. Son cœur battait en des palpitations désordonnées, sa poitrine se soulevant sous le coup d'une respiration sifflante. Le goût métallique du sang chaud s'instillant soudain dans sa bouche lui donna la nausée et se jetant hors de son lit, elle courut jusqu'à une table où avaient été déposées une cuvette et une aiguière d'orfèvrerie. Elle resta ainsi penchée quelques instants, s'attendant à vomir mais rien ne vint en dehors d'un filet de bac spumeuse. Sa respiration bien que toujours saccadée commençait à s'apaiser, tout comme son cœur et la frayeur qui l'avait saisie. Elle attrapa alors le vase par son anse, versa un peu d'eau fraîche dans sa paume et aspergea son visage mouillé de sueur. S'essuyant ensuite la peau avec une serviette de linon, elle s'appliqua à respirer plus lentement.
Son esprit y voyait plus clair désormais et elle pu mettre un nom sur ce qui l'avait tant horrifiée : cauchemar. Elle avait été aux prises avec un mauvais rêve dont les macabres détails pourtant lui faisaient douter de son caractère immatériel. Car maintenant totalement éveillée, elle se demandait ce que ce songe avait de réel, ce qu'il laissait entrevoir. Prémonition de ce que serait sa mort? Ou signe annonciateur d'un événement ancré dans la réalité?
Elle ne put creuser davantage la question car la porte de sa chambre s'ouvrit. Elle n'eut pas peur, elle était revenue de ses chimères et le soleil entrant par la croisée entrouverte lui avait indiqué que la bonne viendrait la réveiller sous peu. C'était l'heure des laudes et son premier geste fut donc de rendre grâce au Très-Haut... d'autant plus qu'une journée difficile l'attendait...
... revenue de ses chimères? Pas si sûr car lorsque le temps fut venu de s'adonner à ses ablutions, elle ne put s'empêcher, quand on fit glisser sa chemise au sol, d'examiner scrupuleusement sa peau d'albâtre, redoutant d'y trouver des traces de la corruption de ses chairs.
Comme elle aurait pu le prévoir, progresser jusque là où elle devait se rendre ne fut pas chose aisée. Quelle que soit l'heure, il avait toujours été connu que la presse était grande aux abords de la cité pontificale. Mais elle s'était entêtée, ne voulant pas circuler à pied ou à cheval, pas encore, c'était trop tôt et progresser en lourd coche armorié s'avérait être une véritable gageure.
Confortablement installée sur une banquette, la tête légèrement penchée en arrière, elle tentait de faire abstraction des bruits de Rome et des pensées inévitables qui l'assaillaient. Jusque lors, la route depuis l'auberge où elle avait pris ses quartiers, avait été tranquille, à l'image de la campagne qu'elle traversait. Et bien qu'en voiture depuis des heures et malgré sa nuit agitée, elle ne se sentait pas fatiguée. Elle aurait pu, elle aurait dû, descendre en son palazzo du Trastevere mais elle avait eu comme une répugnance à se retrouver en ce lieu qu'elle chérissait tant, à cette tanière qu'elle s'était dénichée à quelques encablures du Palais des Papes. Elle avait préféré s'isoler loin de la cité romaine, se préparer loin du tumulte du centre du monde aristotélicien. Et puis, et elle réprima un frisson à cette idée, Dieu savait combien son cauchemar aurait été encore plus éprouvant s'il était survenu dans l'obscurité de tombeau du Palazzo di Diana toujours habillé de ses sépulcrales tentures noires.
Cris, invectives, ses gardes s'efforçaient à coup de mots imagés puisés dans leur patois lombard de faire dégager la via. Et elle sentait la rumeur de la foule entourant le carrosse, elle percevait les gens ruminer contre le train cardinalice tentant de se frayer un chemin vers son but ultime. Et chaque pied avalé, chaque pouce grappillé lui mettait comme une lourdeur à l'estomac. Elle aurait voulu crier de s'arrêter pour mieux faire ensuite demi-tour mais au-delà du fait que c'était risquer là d'écraser tout le peuple grouillant autour d'elle, elle s'efforçait de se maîtriser, ongles enfoncés dans la chair tendre des paumes. Elle ne pouvait plus fuir, elle ne devait pas se dérober davantage.
Le coche qui depuis quelques minutes peinait à avancer changea soudain d'allure, enfin dégagé de l'emprise populaire. Encore quelques toises et ils seraient arrivés.
Alors, elle se sentit derechef plongée dans cette nuit cauchemardesque, la panique la gagna à nouveau. Elle avait l'impression d'être allongée sur le sol, au détour d'un chemin isolé et elle entendait avec acuité les cris des rapaces. Et, pour ajouter à cet effroi dont elle ne parvenait pas à se dépêtrer, elle était parfaitement consciente, sentant son corps se raidir, ses yeux se révulser et sa bouche s'affaisser. Pourtant son cœur battait encore, son sang circulait toujours dans ses veines, sa peu demeurait chaude et délicatement parfumée au Lys de Florence; elle était bel et bien vivante.
Pourquoi alors cette sensation d'être emmurée vivante, claquemurée dans un corps vigoureux mais en proie aux assauts mortels, prisonnière d'un destin qu'elle avait laissé vagabonder et capturer par ceux qui se repaîtraient de son trépas?
Le coche s'immobilisa Place d'Aristote, but de ce périple non désiré mais pourtant volontaire.
Une main tremblante ornée du saphir cardinalice attrapa le rideau de velours cramoisi dissimulant aux regard extérieurs sa fébrile propriétaire. Le précieux tissu fut tiré d'un geste néanmoins sec.
Ingeburge risqua un regard au dehors et finit par lever les yeux vers la voûte céruléenne légèrement striée de nuages cotonneux. Nul vautour à l'horizon. Du moins, pas encore, car elle se méfiait, elle craignait l'ennemi tapi dans l'ombre, elle en sentait l'ombre cruelle, l'haleine intéressée et les griffes acérées. Combien de temps encore attendrait-il avant de foncer sur elle, serres et bec ouverts? Elle ne pouvait le savoir, elle ne pouvait mais le prévoir mais il lui fallait profiter de ce répit qu'il lui était laissé. Il ne tenait qu'à elle de se relever et de quitter ce chemin isolé où personne ne viendrait à son secours. Elle regarda encore le ciel à l'azur trompeur, se demandant s'il ne valait mieux pas se laisser mourir. A quoi bon lutter et travailler puisque cela ne signifiait rien? Ses yeux pâles échouèrent finalement sur la façade du Palais des Papes et elle sentit son échine se hérisser. Instinctivement, elle porta la main sur le Livre des Vertus qui jamais ne la quittait et cet geste qu'elle eut pour se raccrocher à lui apaisa son appréhension grandissante. Ainsi arrimée, elle réfléchit quelques instants... depuis quand se dérobait-elle? Et depuis quand craignait-elle les vautours? Elle irait maintenant qu'elle était parvenue au but.
Pour se repaître du divin corps de la Sublimissime... les charognards attendraient.
[RP ouvert, dans le respect des règles du RP of course.] _________________
Morte deux fois en trois jours, vise le triplé |
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Lorgol Cardinal


Inscrit le: 05 Avr 2006 Messages: 3719
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Posté le: Ven Oct 16, 2009 10:01 pm Sujet du message: |
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Non, ils n'attendraient pas.
Il se trouvait que Son Eminence Lorgol, dit le sinistre, présidait un procès à quelques dizaines de mètres de là. Un huissier, car il y a toujours un huissier, vint lui souffler quelques mots à l'oreille. Son Eminence Ingeburge revenait à Rome, et plutôt mal en point. Le sang de l'inquisiteur ne fit qu'un tour, son coeur s'emballait. Il fit mander sur le champ des novices, des pages, des valets pour qu'ils s'enquissent de l'état de la Cardinale. Elle allait mal. Elle était à deux doigts de pousser son dernier souffle.
Foutredieu de bordel de m****!
Ingeburge blessée, elle résisterait peut-être moins aux avances. Après tout, il était très laid - vraiment très très laid - mais convaincu que sur un malentendu, ça pouvait marcher. Il avait une occasion de conclure. Il fit suspendre la séance. Après tout, s'il était rejeté, ça lui donnerait une raison de devenir encore beaucoup plus cruel. |
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