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Gazette - Les Moineaux d'Aristote
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Laodin
Cardinal
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MessagePosté le: Jeu Aoû 27, 2026 2:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant



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    ▶︎▶︎▶︎ Les Moineaux d'Aristote (n°15) ◀︎◀︎◀︎





Citation:
    Edito

    - Par Laodin -

    Quantus calor ! Honnêtement, il faudra se demander comment nous avons pu survivre à cet été saharien, qui aura fait passer les bédouins pour des nomades du Grand Nord. Les lavandières auront probablement aimé ne pas se geler les mains et les pieds pour une fois, mais les forgerons auront été presque plus courageux que des soldats, battant le fer tant qu’il n’est pas trop chaud. Les personnes habitant près d’une rivière auront aussi été les plus chanceuses, pourvu que le cours fût aussi important que celui de l’argent. D’or étaient les prairies, d’un or fondu, et si le Paradis Solaire semble attendre la plupart d’entre nous, nous étions plutôt ici du côté de l’enfer.

    Nous avons tous dû réaliser un tour de force pour arriver jusqu’ici, et après la sensation d’étouffer va venir la libération. Le parallèle avec Saintes Barbara et Monique est un peu hasardeux, mais je vais quand même le faire... Les deux sœurs prirent leur destin en main, malgré la société tout entière qui voulait les cantonner à un rôle précis. Elles choisirent d’aimer le Très-Haut, et d’aimer les gens des bas quartiers de leur ville. Malgré les difficultés, même issues de leur propre famille, elles persistèrent, et réussirent ultimement. Elles avaient plus d’un tour dans leur sac, au sortir de leur tour, et c’était à leur tour, oui, de faire le tour du pays en cherchant autre chose que les plus beaux atours.

    Leur portrait surviendra au plus tôt de ce numéro, comme vous pouvez le présumer. Vous verrez aussi que nous n’avons pas été avares de récits inspirants, en dépit de la chaleur : Sœur Clélie nous racontera une nouvelle histoire sur le thème de la découverte de soi, et Frère Erwann nous narrera un épisode attribué au plus célèbre Bienheureux à Cambrai dont il nous avait déjà rapporté la vie précédemment, l’Abbé Tise. Si je ne peux certifier que tout ceci est absolument authentique, le propos est parfaitement crédible et cohérent avec ce qui nous est appris dans le Dogme. C’est un peu aussi l’objectif des Moineaux : ouvrir de nouvelles perspectives, tout en respectant scrupuleusement les Saintes Écritures. Dans cet esprit, Frère Cyphus nous aura offert un développement très original sur la foi et les vertus In Gratebus, que je n’aurais jamais vus sous cet angle. C’est à la fois surprenant, et pertinent.

    Courage à tous et à toutes, courage pour supporter les derniers souffles ardents, les nouvelles morsures de l’existence. L’eau est une ressource précieuse, autant que la sagesse dans le puits de notre intelligence. L’été est, et l’été aura bientôt été. Ne soyons pas trop pressés, néanmoins, de passer à autre chose, car nous regretterons le moment où nous pouvions parcourir la rase campagne sans bottes et sans houppelande, avec des reflets bleus dans le blé. Nous serons alors pressés d’en avoir fini avec la prochaine période, et de retrouver ce semblant de liberté au moment de franchir la porte de notre maison. Les églises deviennent aussi les meilleurs des refuges, idéalement fraîches, un peu comme lorsqu’on se jette à la mer depuis la plage, mais sans se mouiller...



Citation:
    Saintes Barbara et Monique, une liberté qui communique

    - Par Laodin -

    Arrivé à un certain âge, il devient de plus en plus facile de s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Les anciens radotent, critiquent la jeunesse... Les puissants oublient à quoi ressemble la vie en bas... Si tout le monde ne tombe pas dans ce travers, celui-ci reste l’un des plus présents dans notre société. Alors, pour que l’on nous enferme dans cette tour, et que l’on décide malgré tout d’en sortir... Il faut avoir beaucoup de volonté et d’ouverture d’esprit, surtout en ayant à peine atteint l’adolescence.

    D’accord, la tour dans laquelle avaient été séquestrées Barbara et Monique n’était pas vraiment une tour d’ivoire, même si elle devait disposer de tout le luxe nécessaire à une corruption efficace. Les deux jeunes femmes, forcées à embrasser un mode de vie dispendieux, ne comptaient pas se faire dicter leur ligne de conduite même si l’ordre venait de leur propre père. Comment pouvaient-elles lui faire confiance après ce qu’il avait fait, après avoir fait assassiner leur doux et bon précepteur, Ermète ? Dans l’Italie du troisième siècle, la foi aristotélicienne n’était pas encore en odeur de sainteté, et l’homme qui avait tenté de les éduquer dans l’amour de Dieu en avait fait directement les frais. Choquées, meurtries par ce crime, elles ne cherchèrent dès lors qu’à appliquer les enseignements appris, en donnant leur amitié à tous y compris les plus démunis.

    Pour tous, il était évident que des patriciennes ne pouvaient pas se mélanger avec des plébéiens, ne pouvaient pas chercher à partager avec eux le fruit de leurs privilèges. L’aristotélisme, en contrepied total de cette idée, prônait quant à lui le développement de la fraternité, de la solidarité entre les différentes couches sociales. Barbara et Monique se retrouvaient totalement dans ceci, et abhorraient le mépris et la violence affichés par leur géniteur. Avec leurs propres moyens - j’imagine des draps noués depuis la fenêtre -, elles parvinrent chaque nuit à fuir ce qui était devenu leur prison, avant d’y retourner dans le plus grand secret. Elles amenaient avec elles leurs propres biens, en particulier les riches vêtements dont elles ne se servaient pas, et qui firent le bonheur des pauvres. Leurs prêches aristotéliciens achevaient de convaincre les gens de se convertir à la vraie foi, qui était bien la seule à se préoccuper d’eux. Elles n’avaient pas été formées pour rejoindre le clergé, mais leur compréhension du message divin était telle qu’elles en devenaient les plus grandes ambassadrices à Isernia.

    Hélas, ces nombreuses sorties nocturnes, suivies de telles démonstrations de charité, devaient bien finir par atteindre les oreilles de leur père cruel. En entendant parler de deux jeunes femmes, descendant chaque nuit d’une tour pour aller à la rencontre du peuple, celui-ci mena sa petite enquête puis finit par dénoncer ses propres filles au préfet local. Ses propres filles, oui ! Sans pitié ! Et elles finirent emprisonnées, cette fois dans un lieu beaucoup moins confortable que la villa d’un magistrat romain. Leur mère, beaucoup plus humaine, s’en émut beaucoup, et pensa dans son cœur tourmenté que l’abjuration sauverait ses deux chéries. Malgré le chagrin, elles tinrent bon et refusèrent, continuant à défendre la religion bannie qui avait fait tant de bien à leurs âmes.

    Leur noble naissance ne leur épargnerait rien, ni la honte, ni la souffrance. Le jour de leur exécution, elles furent publiquement tondues, déshabillées puis attachées à une roue qui devrait tourner jusqu’à leur déchirer la chair et leur rompre les os. Les femmes présentes sur place tentèrent bien de préserver leur pudeur en déployant des pièces de tissu autour du périmètre, mais leur sort était déjà écrit... semblait-il. Semblait-il seulement, en effet, car l’histoire est loin d’être finie : au premier tour de la roue, avant que celle-ci eût le temps de les élancer, le bois craqua, se cassa, et des copeaux se logèrent dans les bourreaux de part en part. On dit que Georges, Archange de l’Amitié, était venu à leur aide...

    Le préfet Dione, un peu déboussolé devant pareil spectacle, improvisa alors une nouvelle peine en forçant Barbara à se rendre au temple d’Apollon pour y brûler de l’encens. Pourquoi Barbara et pas Monique ? Je ne sais pas ; sans doute pensait-il que Barbara sonnait un peu comme barbare, et qu’elle serait donc plus encline au polythéisme. Il est de toute façon trop tard pour lui poser la question, et je ne parle pas ici d’âge : il mourut, écrasé par la statue du dieu romain, lorsque celle-ci tomba sous les prières aristotéliciennes de la condamnée. Dione n’avait pas été tué par Diane, mais par Apollon...

    Je suppose que deux miracles produits le même jour suffisaient largement pour convaincre l’ensemble de la population de se convertir, et les deux sœurs furent escortées en dehors de la ville, entourées d’une admiration infinie. Elles divaguèrent quelque temps, ivres de liberté, mais en aidant leur prochain en toute occasion. Quand elles étaient reçues par des familles de paysans, elles insistaient pour leur prêter main-forte : « Dieu nous a donné tout ce dont nous avions besoin pour vivre et a fait en sorte que le travail nous procure de la nourriture ; le travail même est donc une forme de glorification du Très-Haut. S'occuper des champs et des bêtes est une manière de montrer notre amour pour ce que Dieu nous a offert. » Voilà, et à présent je vous laisse quelques instants pour repenser à leur père, qui devait s’étouffer quelque part dans sa haine en dégustant un fromage.

    Il n’y a pas que la figure paternelle qui avait la délation en délice, hélas. C’est là qu’est l’os... Un dimanche, Barbara et Monique donnaient la messe, étant désormais acceptées comme des religieuses à part entière. L’usage n’était pas encore celui de maintenant, et elles avaient prouvé qu’elles étaient dignes de guider leurs semblables... Ce qui n’a pas changé depuis cette époque, c’est le partage du pain et du vin juste après la cérémonie. Et les individus sans gêne aussi, mais nous n’allons pas nous lancer là-dedans... Bref, un homme dépassa la file qui s’était formée devant les victuailles, grillant la priorité à l’ensemble des fidèles. Les deux sœurs, mécontentes de ce manque de savoir-vivre, lui intimèrent de retourner à l’arrière. Alors, comme vous vous en doutez, il pesta, fit entendre sa colère à tous... et les menaça, arguant que ses titres de noblesse lui donnaient le droit de passer avant les autres. Il repartit, non sans les avoir dénoncées lui aussi aux autorités.

    La véritable noblesse est celle de l’esprit, comme le dit Sainte Barbara, et dans ce sens, nous pouvons dire que le préfet de Teramo manquait singulièrement de noblesse. Eh oui, l’histoire se répète : les deux furent condamnées à mort, accusées de vouloir renverser l’ordre établi. Cette fois, cependant, leur mission était achevée et il n’y aurait point de miracle.

    Quoique... Si Monique fut battue à mort et Barbara lapidée jusqu’à la même extrémité, le destin de leurs sépultures contraria grandement les plans du préfet. Alors que leurs corps devaient pourrir au fond d’un lac, deux dauphins les ramenèrent à la surface malgré les lourdes pierres attachées autour de leurs cous. Plautilla, une mère de famille aristotélicienne, fut témoin de cette vision et décida aussitôt de leur donner l’enterrement qu’elles méritaient. Ainsi, elles étaient libres ; libres d’un fond dans lequel on avait voulu les jeter, libres des tours dans lesquelles on veut enfermer l’esprit. Elles étaient libres, au grand dam de leurs geôliers.



Citation:
    Récit - Le Vilain et le Chevalier

    - Par Clélie -

    Un vilain vivait au bord d'un village. Il possédait un lopin de terre, deux chèvres maigres et un toit qui laissait entrer la pluie les jours de grand vent. Cela lui suffisait presque.

    Or, un matin, passa sur le chemin un chevalier couvert d'une armure étincelante. Son destrier était haut comme un mur, son manteau rouge flottait derrière lui et ses écuyers ouvraient la marche en criant :

    - Place au seigneur de Montfaucon !

    Le vilain regarda le noble s'éloigner et sentit naître dans son cœur une envie plus grosse qu'une meule de foin.

    - Pourquoi serais-je moins grand que lui ? se dit-il.

    Le lendemain, il acheta un vieux cheval qu'il ne pouvait payer. Puis une épée rouillée. Puis un manteau de velours emprunté. Puis des bottes trop grandes. Puis un page qu'il rémunérait avec des promesses.

    Chaque semaine, il ajoutait quelque chose à son apparence. Il marchait le torse gonflé, parlait fort et exigeait qu'on l'appelle « messire ».

    Les villageois riaient sous cape. Mais le vilain ne les entendait pas.

    - Suis-je désormais aussi noble que le seigneur de Montfaucon ? demandait-il.

    - Pas encore, répondait son page.

    Alors il empruntait davantage.

    Enfin vint le jour où il voulut donner un grand banquet afin de prouver sa grandeur. Il fit venir musiciens, jongleurs, pâtés, cochons rôtis et tonneaux de vin. La fête dura jusqu'à la nuit.

    Le lendemain, les créanciers arrivèrent. Ils prirent le cheval. Puis les bottes. Puis le manteau. Puis la maison. Et le vilain se retrouva avec moins qu'avant d'avoir voulu paraître grand.

    Le seigneur de Montfaucon, passant par là, le vit assis dans la boue.

    - Que t'est-il arrivé, brave homme ?

    Le vilain baissa la tête.

    - J'ai voulu devenir vous.

    Le chevalier répondit :

    - Il eût été plus sage de devenir le meilleur de vous-même.


    Moralité

    Qui cherche la grandeur dans les apparences
    gonfle son orgueil plus vite que sa fortune.
    À vouloir paraître seigneur,
    on finit souvent plus pauvre que vilain.



Citation:
    Le Bienheureux Jean Tise : « L'hiver de la fleur rouge »

    - Par Erwann -

    Récit apocryphe attribué aux traditions populaires de Cambrai, transcrit par Erwann de Northshire, Archidiacre de Cambrai, pour les Moineaux d'Aristote en août 1474


    Du miracle de la Chapelle oubliée


    Les vieux conteurs de Cambrai rapportent une histoire que Monseigneur Lodovicus ne retint point dans son hagiographie du Bienheureux. Peut-être la jugeait-il trop merveilleuse ; peut-être craignait-il qu’on la prît pour une simple légende. Pourtant, dans les tavernes comme dans certains couvents, on continua longtemps à raconter cet épisode de l’enfance de Jean Tise.

    L’histoire se déroulerait durant l’hiver 1344, alors que le jeune Jean n’était encore qu’un enfant des rues.

    Cette année-là, le froid était si rude que les chiens eux-mêmes cherchaient refuge dans les églises. Les pauvres mouraient dans les ruelles gelées et les marchands, craignant les voleurs, fermaient leurs portes dès le coucher du soleil. Jean survivait comme il pouvait, empruntant parfois une miche, dormant sous les halles, partageant le peu qu’il possédait avec d’autres enfants abandonnés.

    Parmi eux se trouvait une petite fille nommée Aalis. Elle était plus jeune que Jean et presque muette tant la peur du monde l’avait rendue silencieuse. Les autres enfants la délaissaient car elle boitait légèrement, mais Jean prenait toujours soin de lui garder un morceau de pain.

    Un soir de janvier, une tempête de neige s’abattit sur Cambrai. Les enfants cherchaient désespérément un abri lorsque Jean aperçut une faible lumière derrière les vitraux d’une petite chapelle abandonnée près des remparts. Il força la porte et y conduisit les enfants transis.

    À l’intérieur, il n’y avait presque rien : quelques bancs vermoulus, un autel couvert de poussière et une vieille statue d'un saint oublié dont les mains étaient brisées. Pourtant, le lieu semblait plus chaud que la rue.

    Les enfants s’endormirent rapidement, sauf Aalis qui tremblait de fièvre.

    Jean passa alors toute la nuit à entretenir un maigre feu avec du bois arraché aux bancs de la chapelle. Lorsque le feu s’éteignait, il retirait son propre manteau pour couvrir la fillette. Et quand elle se réveillait en pleurant de douleur, il lui racontait des histoires absurdes inventées sur-le-champ : des chevaliers tombant amoureux de boulangères, des princes épousant des bergères, des saints transformant l’eau en soupe chaude.

    Au matin, Aalis ouvrit enfin les yeux et murmura : « Pourquoi tu fais ça pour moi ? »

    Jean serait alors resté silencieux un long moment avant de répondre : « Parce que quand quelqu’un nous aime… le froid fait moins peur. Celui qui est aimé ne gèle jamais tout à fait. »

    Les conteurs disent qu’au même instant, un rayon de soleil traversa le vitrail brisé et illumina l’autel. Là où tombait la lumière, une petite fleur rouge aurait poussé entre les pierres malgré la neige et le gel.

    Jean conserva toute sa vie le souvenir de cette nuit.

    Et certains affirment que c’est ce jour-là qu’il comprit que l’amour n’était pas seulement affaire de mariage ou de passion, mais une force capable de maintenir les gens vivants même au cœur des plus terribles hivers.


    La naissance de la Chapelle du Bon Amour


    Les anciens de Cambrai racontaient encore qu'après cette nuit, la petite chapelle ne demeura jamais tout à fait abandonnée. Les enfants des rues s'y rendaient souvent pour s'y réchauffer et y partager le peu qu'ils possédaient. Nul ne leur avait donné cette consigne ; ils disaient simplement qu'« il y faisait bon », même lorsque les pierres étaient glacées.

    Lorsque Jean Tise fut nommé abbé de Cambrai, il retrouva ce lieu presque en ruine. Reconnaissant envers Dieu de lui avoir autrefois offert un refuge, il fit réparer la toiture, replacer des bancs et sculpter de nouvelles mains à la statue. Alors que les artisans nettoyaient la pierre couverte de poussière et de mousse, ils découvrirent qu'elle représentait nul autre que Saint Nicolas, l'ami des enfants. L'Abbé Jean voulut que cette chapelle fût désormais ouverte jour et nuit, afin que nul pauvre, nul voyageur ou nul amoureux chassé par les siens ne trouvât porte close.

    On la connut bientôt sous le nom populaire de Chapelle de Saint Nicolas du Bon Amour, non parce que des miracles éclatants y étaient accomplis, mais parce qu'on y voyait chaque jour les plus humbles gestes de charité : un pain partagé, une réconciliation, un fiancé demandant pardon, une mère retrouvant son enfant ou deux époux venant remercier Dieu après leur mariage.

    Les registres de la paroisse rapportent même qu'à la mort du Bienheureux, les habitants déposèrent devant cette chapelle une unique fleur rouge au cœur de l'hiver. Nul ne sut jamais qui commença cette coutume, mais elle se perpétua longtemps à Cambrai. On disait qu'aussi longtemps qu'une fleur rouge serait déposée devant Saint Nicolas du Bon Amour, nul pauvre ne serait entièrement oublié et nul cœur ne gèlerait jamais tout à fait dans la cité.

    Et jusqu’à nos jours, en l’an 1474, la Chapelle de Saint Nicolas du Bon Amour subsiste encore à Cambrai. Si elle n’accueille plus les grandes assemblées d’autrefois, elle demeure un lieu de dévotion pour les cérémonies mineures, les mariages simples et les prières quotidiennes des habitants.



Citation:
    À la croisée des mondes, ou les frontières de la foi

    - Par Laodin -

    C’est sûr, avec ce titre j’aurai capté votre attention ! Avouez, tout de même, que si j’avais nommé l’article “Les difficultés administratives et idéologiques découlant de la différence entre les frontières temporelles et les frontières spirituelles”, il y aurait eu des chances que vous ne fussiez déjà plus là... Hé ! Mais revenez ! Si si, je vous promets que le sujet sera intéressant ! Ne partez pas, ne partez pas ! D’accord, je n’ai pas vraiment présenté la chose de la meilleure manière... Mais laissez-moi une seconde chance je vous prie, et nous serons comme les deux douanes de l’amen.

    Il existe généralement une confusion entre la gestion des territoires par l’État, et la gestion des territoires par l’Église. C’est vrai : ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi votre diocèse portait le nom d’une ville extérieure à votre duché, ou alors pourquoi votre évêque semblait venir d’ailleurs ? Cela tient en fait à une différence de logique : pour l’Église, le monde entier doit être vu comme un grand ensemble uni, que rien ne saurait diviser. Où que l’on se trouve, les intérêts doivent converger vers un seul but, celui de restaurer ou préserver la foi. Un Français n’est pas moins aristotélicien qu’un Anglais, qu’un Allemand ou un Italien, en dépit des fortes différences culturelles qui pourraient justifier la prudence ou la méfiance. La foi est universelle, et personne n’a de raison de s’en prendre à l’autre tant que ce principe est gardé en mémoire.

    Dans les conflits, l’Église est neutre, sauf quand l’avenir du monde aristotélicien, de l’humanité elle-même est mis en jeu. Bien sûr, l’unité oblige tout de même à un découpage administratif, puisqu’il n’est pas possible d’être efficace en s’adressant à tout le monde en même temps ; une communauté de Portugais aurait bien du mal à comprendre ma langue, et à s’adapter aux us et coutumes d’un pays bien lointain. Nous sommes tous frères et sœurs, mais l’éloignement nous divise toujours d’une manière ou d’une autre. Ainsi, bien qu’appartenant à une communauté internationale répondant à des lois communes, nous autres clercs sommes plus voisins que colocataires. Nous avons notre primatie, notre province ecclésiastique, notre diocèse, notre paroisse... qui nous donnent des repères précis dans notre mission, qui nous structurent, qui nous distinguent. Rien ne doit nous séparer idéologiquement parlant de nos confrères, mais structurellement parlant, nous faisons notre petite “tambouille” de notre côté.

    De notre côté, vraiment ? Il n’existe pas d’indépendance, et il n’existe pas d’autonomie à proprement parler non plus. Nous avons toujours des comptes à rendre sur nos activités à notre hiérarchie, qui remonte jusqu’au Pape. Peu importe où nous sommes placés, nous dépendrons toujours des mêmes figures, et cela vaut aussi pour les croyants et fidèles. Il n’y a pas de guerre... Tout simplement parce qu’il y a un seul gouvernement, qui s’étend au-delà de toute distinction de nationalité. De même, nous considérons les souverains à l’aune de leur foi, indépendamment de leurs idées politiques. Cela fait que notre rapport aux dirigeants temporels est sensiblement différent des autres, et qu’il est théoriquement possible pour nous d’entretenir une amitié avec chacun d’entre eux.

    Il fut un temps où l’Église ne possédait nul territoire, nulle zone sous son influence. Elle aurait pu, dès lors, se soumettre aux puissants en espérant obtenir un peu de leur pouvoir, mais elle fit le choix inverse : elle s’opposa aux tyrans, tel Christos dénonçant Pierre Ponce au prix de sa vie, et ne toléra aucun écart dans la foi des dirigeants quitte à souffrir de nombreuses persécutions. Pour d’autres communautés, cela n’aurait été que folie... Mais cette attitude gagna le respect du peuple, qui comprenait alors que le clergé aristotélicien était loin de répondre à des stratégies égoïstes. L’honneur était plus important que le pouvoir, et c’est justement ce qui donna du pouvoir à l’Église, par le peuple. Ce n’est pas en s’inclinant plus bas que terre que l’apôtre Paulos créa le tout premier évêché, c’est en obtenant la confiance des habitants de Césarée, qu’il n’avait jamais trahis dans leurs aspirations et leurs désirs...

    Les episkopoi, ou évêques, sont la fondation même de l’Église au niveau structurel. À l’origine, ils furent onze ; les onze véritables apôtres, Daju ayant décidé d’aller faire tout autre chose après avoir trahi. Leur nombre crût sensiblement au fil des siècles, au point qu’il y a aujourd’hui une quarantaine d’évêchés rien que pour la Primatie de France. Devant une telle expansion, il parut bientôt nécessaire de donner des chefs aux évêques afin que leurs actions soient mieux coordonnées. Titus devint alors Pape, et les dix autres apôtres, bien que cela ne soit pas clairement explicité, devinrent très probablement ses cardinaux, chargés de le conseiller et de l’orienter dans les futurs projets de l’Église. Plus tard furent créés les dicastères, les primaties, ces premiers intervenant dans des domaines précis de la foi, ces derniers régissant l’activité religieuse au sein d’un pays.

    « Mais alors, si l’Église répond à des subdivisions comme les États, pourquoi mon diocèse situé dans le Royaume de France se retrouve-t-il partiellement dans la Primatie du Saint-Empire ? Outrage ! Tromperie... » Oui, oui, je comprends ce que vous voulez dire, c’est assez perturbant. Bien que très proches, les frontières spirituelles possèdent quelques différences à la fois mineures, et majeures... Comme nous l’avons vu, il n’y a pas de distinction entre les peuples, sinon une distinction d’ordre pratique, afin de s’adresser le plus efficacement à eux. En conséquence, la Primatie de France regroupe les sujets issus de la plus grande région francophone, tandis que la Primatie d’Angleterre, par exemple, se concentre sur le pourtour des îles britanniques. Et puis viennent des cas un peu plus particuliers, lorsque les croyants ne sont séparés ni par la barrière de la langue, ni par des barrières géographiques... Le Royaume de France n’est pas le seul territoire à parler français, et nous savons également que les frontières temporelles changent en fonction des conflits. À partir de là, il n’y a pas de raison pour l’Église de s’adapter à la forme actuelle des États, puisque la foi transcende ce genre de séparation et ne saurait faiblir que si l’on décide de justifier des rivalités arbitraires.

    La réponse, ultime, se trouve finalement dans les mots que prononçait Christos, tout au long de son périple : « Que votre solidarité ne connaisse pas de frontières ! Souvenez vous, mes amis, qu'Aristote vivait dans un pays d'une culture peu tolérante pour les autres peuples. Aujourd'hui, vous devez savoir que toutes les nations ont droit au respect et leur peuple à la liberté et à notre amitié » (Vita de Christos, Chapitre IX). Idéalement, les conflits ne devraient pas exister ; et, même si la réalité nous rattrape aujourd’hui, cela n’empêche guère l’Église de lutter pour cet idéal. Plus que croire en un avenir meilleur, il nous faut nous donner les moyens de le construire... Car qui peut deviner ce qui se passera, une fois de l’autre côté de la frontière ?



Citation:
    Les vertus et la foi In Gratebus

    - Par Cyphus -

    Note de la rédaction : Bien qu’il puisse sembler étrange d’expliquer la foi selon des procédés mathématiques, il est important de rappeler que la Création elle-même répond à cette logique (nombre d’or, dix-neuvième logion d’Aristote). Cela ne remet nullement en question la part mystique de la foi, qui coexiste parfaitement avec les valeurs pouvant être observées.


    L'Église fait beaucoup de pédagogie autour de la vertu et de la foi Res Parendo. Dans cet article estival, nous vous proposons de nous plonger dans l'application concrète des principes vertueux dans notre vie quotidienne.

    Comme vous le savez bien chers lecteurs et lectrices des Moineaux, on décrit sept vertus : la tempérance, la conservation, l'amitié, la justice, le don de soi, la conviction et le plaisir. Chacun d'entre vous a une vertu de prédilection et il est possible en sondant votre cœur de deviner si vous l'approchez de 0 à 100%. Un beau message de notre foi est que quelle que soit votre vertu de prédilection, vous avez tous et toutes les mêmes moyens de faire progresser votre vertu.


    Comment augmenter sa vertu ?


    Quelle que soit votre vertu de prédilection, vous pouvez la faire progresser de différentes manières. Tout d'abord et bien entendu, votre assiduité à la messe est cruciale (+3 % à chaque fois) d'autant plus si vous participez à la quête (+8% une fois par semaine) ou vous confessez (+20% une fois par semaine). Travailler à l'église vous permet aussi d'obtenir de la vertu (+4% à chaque fois). Convoler en juste noces augmentera très significativement votre penchant vertueux en fondant un nouveau foyer aristotélicien (+50%).

    D'autres actions vous permettent aussi d'élever votre vertu et notamment toute forme de don (+8% une fois par semaine) : à votre mairie, votre province ou aux mendiants. Cependant attention un seul don est comptabilisé par semaine, incluant le don pour la quête. Donner sa confiance est aussi un très bon moyen d'appliquer la vertu (+2% par don) et nous recommandons à nos lecteurs et lectrices d’offrir leur amitié à tous les jeunes qu'ils croiseront.

    Enfin, c'est moins connu mais malgré leurs noms sulfureux, des friandises comme les pâtisseries antithétiques d'Azazel apportent de la vertu grâce au plaisir de la dégustation (+3% sauf le régal infernal de Bacchus qui apporte de la foi à la place). De même, les darioles à l'orange et l'odeur de sainteté (prochain gain x2) ou la liqueur d'extrême onction (+100%) peuvent augmenter très significativement votre vertu. Plus anecdotiquement et moins accessibles, le paquet de tarot divinatoire et le bescuit de fortune peuvent influencer à la hausse ou à la baisse votre vertu. La prudence recommande d'éviter ces moyens aléatoires.

    Il faut évidemment proscrire toute action violente ou l'ivresse excessive qui comme toute autre action pécheresse réduiraient rapidement vos efforts. La manipulation de la lingua prohibita est également un danger pour votre vertu. Notez enfin que la matière universitaire « la vertu » n'a, même maîtrisée parfaitement, aucun impact sur sa vertu In Gratebus.


    Quels sont les dons offerts par les vertus ?


    Lorsque votre vertu augmente, le Très-Haut vous accorde des avantages en rapport avec votre vertu de prédilection. Ces avantages sont actifs dès 40 % de vertu et sont renforcés au-delà de 80%.

    Voici la nature de ces dons dont l'ampleur chiffrée n’est finalement pas connue :

    - La tempérance réduit le risque de briser ses outils.
    - La conservation montre à chacun votre responsabilité et les animaux d'élevage vous sont vendus moins cher.
    - L'amitié augmente le bonheur quotidiennement.
    - La justice permet un retour des choses en apportant des écus quotidiennement.
    - Le don de soi fait travailler plus rapidement.
    - La conviction augmente occasionnellement les caractéristiques.
    - Le plaisir améliore la capacité des bières à rendre heureux.

    Enfin, obtenir une vertu de 80% ou plus permet de stabiliser votre foi qui pourra alors progresser et dévoiler son potentiel, comme nous le verrons dans un chapitre suivant.


    Les objets associés aux vertus


    Certaines vertus sont associées à des objets d'artisanat avancé nécessitant des savoir-faire.

    - La créativité des adeptes du plaisir les rendra encore plus heureux avec un pinceau à la main (moral +10) lorsque les autres ne feront qu'apprécier modérément l'art pictural (moral +5).

    - La conviction permet de tirer tout le potentiel de l'archipendule (force +3, intelligence +3) lorsque les autres fidèles n'y verront qu'un avantage limité (force +1, intelligence +1).


    Les reliques sanctifiées


    Votre vertu vous permet aussi d'utiliser la relique sanctifiée associée à votre vertu. Ces reliques rarissimes sont obtenues en sanctifiant des reliques corrompues par la main de la créature sans nom. Chacune de ces reliques peut être ramenée vers le bien en effectuant une action spécifique.

    Les reliques s'activent au prix de 5% de vertu et dans la limite d'une fois par jour, à la condition que votre vertu soit déjà développée au minimum de 40%.

    Voici la nature de leurs effets et leurs moyens d'obtention :

    - Le bracelet de la tempérance est obtenu en se faisant blesser tout en portant le bracelet de la colère. À chaque usage il réduit le risque de briser son outil, en plus du bénéfice normal de la tempérance.
    - La corne de la conservation est obtenue en jeûnant avec la corne de la gourmandise. À chaque usage elle permet de mieux se remplir le ventre avec le prochain aliment.
    - La pièce de l'amitié est obtenue en faisant des dons avec la pièce de l'avarice. À chaque usage elle permet d'augmenter le bonheur en faisant des dons aux mendiants.
    - Le sceau de la justice est obtenu en portant le sceau de l'envie sans avoir d'argent sur soi. À chaque usage il permet de gagner trois écus.
    - Le miroir du don de soi est obtenu en ne se regardant plus pendant plusieurs jours avec le miroir de l'orgueil. À chaque usage il permet d'obtenir cinq souffles d'énergie.
    - La coupe de la conviction est obtenue en ne buvant plus pendant plusieurs jours tout en portant la coupe de la luxure. À chaque usage elle a une probabilité de 50% de faire obtenir une caractéristique.
    - L'orbe du plaisir est obtenue en buvant telle Sainte Boulasse tout en portant l'orbe de l'acédie. À chaque usage elle a une probabilité de 5% de vous faire obtenir l'état de la Sainte.

    Notez que vous ne pouvez utiliser que la relique correspondant à votre vertu de prédilection. Il n'est donc pas utile d'en avoir plusieurs. Soyez aussi prudents et mesurés dans l'usage de ces reliques qui réduisent votre vertu à chaque emploi.

    Attention si vous obtenez une relique corrompue de vous faire accompagner par un clerc pour sa sanctification, ces objets sont dangereux et ne doivent pas tomber entre toutes les mains de peur qu'elles puissent servir le péché.


    Comment augmenter sa foi ?


    Lorsque votre vertu a atteint 80 % alors vous pourrez vous mettre en quête d'augmenter votre foi. Cela est bien plus long que d'augmenter votre vertu et demande une discipline de plusieurs mois puisque si votre foi augmente lors de chaque messe, cela est de plus en plus lent au fur et à mesure de votre assiduité. Tant et si bien que les derniers pourcents de foi peuvent prendre plusieurs semaines à être obtenus.

    Heureusement il existe une sainte boisson, la liqueur d'Aristote, rare et précieuse pour vous aider à compléter vos derniers points de foi (+20%) ou le plus accessible régal infernal de Bacchus (+3 à +6%) pour vous aider à accélérer la fin de ce long processus. Là encore le paquet de tarot divinatoire peut avoir un impact aléatoire sur la foi, son usage n'est pas recommandé.

    Pour que votre foi progresse, il est nécessaire que votre vertu se maintienne au-delà des 80% par les moyens précédemment cités au risque de voir votre foi baisser chaque jour, beaucoup plus rapidement que vous n'avez pu la faire grandir.

    Attention, le pendule cristallin réduit la foi à 0, cet objet émane de la créature qui n'a pas de nom, n'y touchez pas. La manipulation de la lingua prohibita est également un danger pour votre foi.


    Que permet la foi ?


    La foi In Gratebus permet d'influer sur le pouvoir intemporel de votre diocèse. Tout d'abord car vos prières pour édifier votre curé sont aussi puissantes que vous avez de foi. Ainsi les personnes qui ont la foi dans la paroisse pourront choisir leur officiant. De plus, plus le candidat lui-même a la foi, plus les prières ont d'effet, écartant facilement les impies de la cure.

    En outre, une foi élevée est requise pour être nommé évêque ou archevêque par Rome ou chanoine par votre évêque ou archevêque. Il est donc d'autant plus important de faire progresser votre foi que vous souhaitez vous investir dans votre diocèse.

    Contrairement à l'intuition, être « pasteur de la foi » ne nécessite aucun critère de foi et seulement une assiduité à célébrer la messe.



Citation:
    Brèves

    - Par Melo -

    Citation:
    « Dépression saisonnière, pression pour les clercs »

    La période de septembre/octobre annonce un changement de saison. Adieu soleil perpétuel, bonjour pluie tant attendue.

    Chez nous, clercs, cela veut souvent dire que nous allons souffler un peu. Les mariages sont, pour la plupart, officiés. Ainsi, il ne nous reste que les baptêmes et quelques enterrements. Cette période est donc un bon moment pour voyager et répandre la parole du Très Haut dans des diocèses parfois dépourvus de clercs.

    Quelques conseils : préparez vos tuniques les plus épaisses et capes. Et surtout armez-vous de patience ! Quand les bergers ne sont pas visibles, les moutons se dispersent. Il en est de même de nos fidèles. Il vous faudra donc persévérance et bienveillance pour les ramener vers la Lumière. Rappelez-vous que vous serez tel Oane, seul face à tous pour rappeler que l'Amour est notre seul chemin de Vie.



Citation:
Citation:
    Jeux

    - Par Laodin -


Citation:
Quiz de compréhension

1. Que fit le père de Saintes Barbara et Monique lorsqu'il apprit pour leurs actes de charité ?

A. Il leur conseilla plutôt de se mettre au service des puissants
B. Il leur confia une broche de plomb plaquée or afin de leur jouer un tour
C. Il les mit au défi de convertir un vieillard cynique à l’aristotélisme
D. Il les dénonça aux autorités après les avoir fait vivre en autarcie

2. Qu’est-ce qui sauva Saintes Barbara et Monique lors de leur première mise à mort ?

A. La destruction de leur roue d’écartèlement
B. La révolte populaire des habitants d’Isernia
C. Une éclipse solaire provoquant la panique
D. La négligence du préfet, qui avait oublié qu’il partait ce jour-là

3. Selon la légende, que fit le Vilain de mal ?

A. Il vola un cheval, des armes et des vêtements luxueux
B. Il dépensa sans compter, jusqu’à finir plus pauvre qu’il ne l’était
C. Il répandit de fausses rumeurs sur le Chevalier
D. Il mit le feu à ses cultures et vida l’eau des puits

4. Quelle fut la première décision du Bienheureux Tise au moment de retrouver sa chapelle ?

A. Il décréta une distribution gratuite de bois tous les dimanches
B. Il en fit un lieu d’accueil et de refuge nuit et jour
C. Il lança une récolte de fonds pour les enfants des rues
D. Il acheta des coussins pour les bancs

5. Qui fonda le tout premier évêché ?

A. Erymneos
B. Antiochos
C. Paulos
D. Christos

6. Pourquoi les frontières spirituelles ne correspondent-elles pas forcément aux frontières temporelles ?

A. Parce qu’elles remontent aux débuts de la création des royaumes
B. Parce qu’elles sont réparties selon la densité de clercs au sein d’une région
C. Parce qu’elles suivent les disparités linguistiques plutôt que territoriales
D. Parce que c’est plus drôle de voir tout le monde être confus

7. Quel objet est associé à une vertu de prédilection ?

A. Une relique sanctifiée
B. Un bescuit de fortune
C. Une liqueur d’Aristote
D. Du pain bénit


Citation:
Le jeu des moissons

C’est le moment de récolter le fruit d’un dur labeur ! Ou du blé, plus précisément, puisque nous ne sommes pas dans un verger. On vous a demandé de séparer le bon grain de l’ivraie, pourriez-vous mettre le bon grain dans la charrette, et l’ivraie dans le panier ?


Charrette :
____________
____________
____________
____________

Panier :
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____________
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Gerbes de blé (dans le désordre) : Lingua prohibita / Ermète / Pierre Ponce / Liqueur d’Aristote / Jean Tise / Pendule cristallin / Dione / Archipendule


Citation:
Le jeu du baigneur

En voulant faire quelques brasses, le vieux Gilbert s’est finalement assoupi et s’est laissé entraîner par le courant. À son réveil, il se retrouve sur une plage qu’il ne connaît pas. Saurez-vous dans quelle ville il a “débarqué” à partir de ces deux informations ?

- C’est une paroisse de l’archidiocèse de Bordeaux
- C’est dans le duché de Gascogne



  • À Mimizan
  • À Bayonne
  • À La Teste-de-Buch



Solution du quiz :

1. D
2. A
3. B
4. B
5. C
6. C
7. A

Solution du jeu des moissons :

Charrette : Ermète / Liqueur d’Aristote / Jean Tise / Archipendule
Panier : Lingua prohibita / Pierre Ponce / Pendule cristallin / Dione

Solution du jeu du baigneur :

Il se trouve à Mimizan.

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Laodin
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MessagePosté le: Jeu Oct 29, 2026 7:35 pm    Sujet du message: Répondre en citant



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    ▶︎▶︎▶︎ Les Moineaux d'Aristote (n°16) ◀︎◀︎◀︎





Citation:
    Edito

    - Par Laodin -

    L’eau tonne... Voilà qu’elle résonne sur nos pavés et nos chemins de terre, voilà qu’elle tombe du ciel à la fois comme notre ennemie et notre alliée. L’équilibre délicat à la base de la Création, entre Bien et Mal, chaleur et froid, compense parfois avec douceur, parfois avec violence le surplus engrangé pendant des mois. Les labours ont repris, l’inquiétude se tourne vers un autre extrême, que l’on redoute tout autant. Nos vies sont les nôtres, mais nous demeurons avant tout les jouets de la nature, qui peut disposer de nous comme bon lui semble.

    La saison se prête à la morosité, oui, mais cette nature a tout de même de bons côtés, si nous prenons le temps d’y réfléchir. Sainte Hildegarde, elle, ne s’y trompait pas : chaque plante, chaque aspect de notre environnement est en mesure de nous aider, pourvu que nous en découvrions les propriétés. Les simples de printemps et d’été se conservent tandis que les simples d’automne et d’hiver se cueillent entre deux averses, guérissant le corps comme l’âme, avec la grâce du Très-Haut. Certains aliments sont aussi excellents pour garder le moral : l’orange, par exemple, qui revitalise et régénère, et je ne connais rien de mieux qu’une soupe bien chaude de légumes pour affronter ou se remettre d’une journée glacée.

    Ce ne sont pas quelques feuilles mortes qui nous feront tomber, de même qu’on ne succombe pas au passage du crépuscule. Au pire, les distractions combattent la déprime ; des distractions saines, comme l’art, qui nous occupe l’esprit et embellit notre quotidien. Tout le monde n’a pas une âme d’artiste, mais tout le monde est en capacité d’apprécier l’art, parenthèse enchantée en dehors des purs souvenirs heureux. Rutebeuf, Christine de Pizan... Leurs poèmes ne sont pas toujours des plus joyeux, mais ils résonnent en nous, et nous font sentir vivants. L’élégance et le raffinement des vers appellent à la musique, qui est autrement représentée ailleurs avec tout autant de succès. Les troubadours - ou trouvères, selon où vous vous trouvez - comblent aussi le trou, qu’ils soient du genre grand sages ou fauteurs de troubles. Leur activité ne s’arrête pas au fur et à mesure que les saisons avancent, tout comme les festivités et animations qui continuent de se produire dans nos gargotes.

    Les Moineaux suivent cette même logique ; et si leur travail, à la rédaction, n’est peut-être pas de l’art, au moins a-t-il pour but de faire sortir de l’atonie. Au passage, pour les clercs qui liraient ces lignes et auraient leurs accès à notre assemblée, n’hésitez pas à venir nous rejoindre : plus on est de fous, plus on vit.

    On a souvent bien plus de ressources que ce que l’on pense et la nature aussi, en nous prodiguant ses dons lorsqu’elle semble même dépourvue. La végétation est plus abondante maintenant qu’il y a plusieurs mois, étonnamment. L’équilibre est revenu, même si la dynamique actuelle n’est pas forcément la plus plaisante à regarder. Quoique... Le rouge et le jaune offrent un superbe contraste au vert omniprésent, bien que ce ne soit qu’une affaire de goûts. Un peu comme le vin, me direz-vous ? Il est vrai que les vendanges ont eu lieu, apportant encore un peu plus de douceur à nos vies... Si tant est que nous ne pouvons en trouver ailleurs, là où nous ne cherchons pas souvent.



Citation:
    L'actualité de l'Église

    - Par Laodin -

    Citation:
    Un curé qui vous veut du bien

    Connaissez-vous Miséricus ? De nombreux Dauphinois vous répondraient par l’affirmative, tant cet homme s’est montré actif ces derniers mois dans l’exercice de la foi et de l’amitié. Modeste curé de Vienne, celui-ci n’a eu de cesse, sur un ton affable, d’encourager les aristotéliciens à s’exprimer. Il n’est point nécessaire, en effet, d’être ordonné pour initier de tels projets, à condition de respecter l’Église et les Saintes Écritures. Son niveau d’implication l’honore, étant donné qu’il n’est obligé à rien et réalise tout de même un travail remarquable sur le terrain.

    Il y a, de fait, deux initiatives que je voudrais mettre en lumière : la première étant Les pensées divines de la semaine, qu’il anime avec une grande régularité, et la seconde, plus récente, étant Le livre des habitants du Lyonnais-Dauphiné, rassemblant des témoignages divers qui feront rayonner sans nul doute la vie en communauté. La vertu du don de soi semble être la plus développée chez lui, et par son action celle-ci est appelée à se manifester chez d’autres. Nous le félicitons pour son formidable dynamisme, en espérant qu’il touchera de plus en plus de monde autour de lui.


    Citation:
    La fête de Samhain : bannie ou acceptée ?

    La prononciation correcte est « sa-ouine », si je ne me trompe pas. Cela me prive dès lors de tout un tas de jeux de mots fort bien sentis, mais aussi tout à fait dispensables... Car il y a une question, beaucoup plus sérieuse, à laquelle il faut tenter de répondre : que doit-on penser de Samhain, qui est une fête non aristotélicienne, et qui attire cependant tous les ans bon nombre de personnes dont des aristotéliciens ?

    Déjà, je crois que nous pouvons dire que la fête de Samhain a lieu le 31 octobre, soit la veille de la Toussaint. Cela signifie une chose : qu'il est important de ne pas s'y amuser à l'excès, afin d'être en forme pour le lendemain. En dehors de cela, il faut, avant tout, dissocier l'aspect religieux de l'aspect culturel de telles célébrations. Samhain est en effet une fête païenne, ancrée dans la tradition celtique, dont les croyances s'éloignent sensiblement des nôtres. Mais alors, est-ce un péché de décorer simplement une citrouille, et de l'allumer dans la nuit ? Pas du tout ! Si l'on continue à honorer Dieu, que l’on ne soutient pas la sorcellerie, et que l'on n’a aucune intention de participer à des rites blasphématoires, on peut considérer que cet événement n'en est qu'un parmi tant d'autres, destiné à nous rassembler.

    La culture élargit les horizons, et les dépasse aussi. Regardez par exemple notre calendrier : le mois de mars est toujours appelé après un dieu romain, et pourtant il n'a plus grand-chose à voir avec lui ! Alors, Samhain, dans sa seule dimension de fête culturelle, n'est pas non plus problématique. Et jouer à se faire peur apprend à mieux appréhender le danger, aussi, tant qu’on ne pousse pas le bouchon trop loin.



Citation:
    Sainte Hildegarde, à vous les médecins

    - Par Laodin -

    Celse, Hippocrate, Galien... En matière de médecine, les grands noms se bousculent, et les grandes découvertes aussi. Ces hommes - et ces femmes, ne l’oublions pas - observèrent si bien la nature et la vie que des secrets sur le corps humain leur furent révélés, cette enveloppe qui renferme l’âme sans pour autant la refléter nécessairement. Grâce à eux, il devint possible de soigner les hommes - et les femmes aussi, que diantre ! - en puisant dans les bienfaits de leur environnement, ou en traitant directement le problème à la racine. Mais qui, parmi ces grands noms, peut néanmoins se targuer d’avoir reçu l’appui du Ciel, et d’agir conformément aux principes aristotéliciens ?

    Les païens peuvent, ont le droit d’accéder à une part de vérité, mais la Vérité appartient à celles et ceux qui répondent à la souffrance par l’amour divin. Il ne s’agit pas seulement d’agiter un peu d’eau bénite en récitant des Puissant Aristote ; la méthode est la même que celle des plus anciens, mais avec une connaissance qui dépasse le seul raisonnement pragmatique. Et c’est donc là qu’intervient Sainte Hildegarde, la reine, que dis-je, l’impératrice des médecins, ayant identifié les rapports étroits entre guérison du corps et guérison de l’âme, plus que de l’esprit.

    Sainte Hildegarde de Bingen est née en Rhénanie, dans le Saint-Empire à la toute fin du onzième siècle, au sein d’une famille très pieuse issue de la noblesse. Dès son enfance, elle fit preuve d’un incroyable sens de l’observation, à l’instar des prophètes qui étaient capables de rivaliser déjà avec les plus grands esprits. La preuve : elle fut capable de prédire, en regardant une vache enceinte, à quoi ressemblerait son veau à la tache près, ce qui demande soit un don de prophétie, soit une compréhension absolue du fonctionnement de la nature. Honnêtement, je serais incapable de dire lequel serait le plus extraordinaire, car elle n’avait encore que cinq ans.

    De telles qualités, une telle sérénité d’esprit cultivée dans la foi la prédestinaient à rejoindre le clergé régulier, où l’on prie et se tient au plus près de la nature. Ainsi, après quelques années d’éducation religieuse, elle rejoignit l’abbaye Disibodenberg de Benedictian (à vos souhaits) en compagnie de sa meilleure amie, Jutta von Sponheim (eh bien, décidément). Le jardin de l’abbaye excita très bientôt sa curiosité, et elle se découvrit une passion toute trouvée pour l’étude des plantes, de leurs propriétés et de leur préparation à des fins médicinales. Elle adorait tout particulièrement aller cueillir des herbes, plus loin, et préparer des tisanes pour ses consœurs affaiblies. Elle s’intéressa également aux minéraux, aux céréales... En somme, à tout ce que la Terre pouvait produire, ou tout ce qu’elle avait produit avant sa venue au monde.

    Il n’y a pas qu’avec la Terre, d’ailleurs, qu’elle développa un lien particulier, car le Ciel finit par l’entendre, et percevoir son potentiel fabuleux. Juin 1139 : une journée comme une autre, calme, avec probablement du soleil, et très certainement un bon nombre de simples à récolter. Notre petite Hildegarde avait maintenant la quarantaine, et était connue de toute l’abbaye pour son calme, son optimisme, et ses talents de guérisseuse. Soudain, elle entendit les plaintes d’une colombe, emprisonnée dans un buisson de mûres. Elle fit alors ce que toute personne sensée ferait dans ce genre de situation... Elle se pencha pour cueillir les mûres, qu’elle goûta une par une.

    C’est bon, c’est bon, j’arrête de plaisanter... Elle se pencha pour délivrer le pauvre animal, qu’elle posa sur un rocher. Et tout à coup, pouf ! la colombe se transforma en la plus belle des femmes, rayonnant d’une aura inexplicable ! Alors, avant de crier à la sorcellerie, je vous ferai dire qu’il s’agissait de l’Archange Raphaëlle, Archange de la Conviction - ou de la foi tout simplement, comme celle-ci le lui dit. Elle l’assura de son plein soutien dans son parcours, puis disparut après lui avoir recommandé de chercher un enfant.

    L’enfant se trouvait dans un étang, mortellement blessé. Je vous rassure tout de suite : il n’était pas réel. Cette nouvelle incarnation de l’innocence même devait servir à éprouver l’empathie de la sainte, ainsi que son sang-froid dans le processus de guérison. Comme vous le savez, un médecin doit être prêt à opérer les pires blessés, et ne pas rechigner à la tâche malgré les pires horreurs... Hildegarde “sauva” cet enfant, accepta d’être trempée et partiellement imbibée de sang en le portant jusqu’à l’abbaye, puis le veilla durant des jours en renouvelant ses prières. Il n’y avait rien à faire, mais elle resta quand même à ses côtés, pleine d’amour et d’espoir. Alors, au seul moment où elle se laissa gagner par la fatigue, l’enfant disparut lui aussi... pour laisser place à des feuilles et racines de chèvrefeuille, celles-là même qu’elle avait cherché à cueillir avant de tomber sur l’Archange Raphaëlle.

    Hildegarde comprit alors que si les plantes ont un pouvoir de guérison, il est tout aussi important de guérir par l’esprit, en accompagnant les souffrants autant que nécessaire. Certains cas peuvent être sans espoir, mais l’âme, elle, a toujours besoin de traitements. « Le mal corporel ne peut pas être guéri si on ne soigne pas les mots de l'âme », répéterait-elle d’ailleurs. Cela la décida à aller beaucoup plus loin dans sa passion, en en faisant une véritable vocation, destinée au bien de l’humanité.

    Le Scivias, son tout premier ouvrage, eut un tel retentissement qu’un exemplaire finit même par se retrouver entre les mains du Pape. Une rumeur folle circulait : on disait qu’Hildegarde de Bingen était possédée, qu’elle recevait des visites du Sans-Nom. Les inquisiteurs qui se rendirent sur place durent néanmoins témoigner de l’exact opposé, car son attitude et ses propos demeuraient ancrés dans la raison. Ainsi, on considéra que les visions qu'elle décrivait étaient bien tirées des hauteurs solaires, et non des profondeurs lunaires. Toute méfiance à son sujet disparut, et le monde entier, de plus en plus fasciné, écouta ses justes conseils en matière de santé et de guérison.

    Les monarques et nobles de haute extraction se bousculèrent alors pour recevoir les lumières de Sainte Hildegarde, comme le célèbre Frédéric Barberousse, empereur du Saint-Empire. L’abbaye rayonnait, mais souffrait aussi d’une telle affluence, qui troublait la tranquillité des lieux. Pour assurer un meilleur cadre de vie à ses homologues, elle décida de fonder l’abbaye de Rupertsberg en 1148, spécialement conçue pour accueillir de nombreux visiteurs. En tant qu’abbesse, elle milita pour que ses nonnes puissent faire des études de langues ou de théologie, chose qui faisait scandale à une époque où l’on craignait un trop grand niveau de scolarité chez les femmes. Sa nouvelle influence permit néanmoins de faire taire les critiques, aussi vite qu’elle écrivait un nombre incroyable de traités de médecine et de chants religieux. L'herbier qui se trouve par exemple dans les archives du séminaire Saint-Benoît n'est que l'héritier des découvertes d'Hildegarde, décrivant la préparation des mixtures en plus de leurs effets.

    Une seconde abbaye fut fondée à Eibingen, en 1165. Pour sa part, la sainte passa bien ses derniers jours à Rupertsberg, jusqu’en 1179. C’était un âge bien avancé pour une femme paisible, qui eut cependant une vie extrêmement bien remplie. On loue d’ailleurs bien plus souvent ses dons de guérisseuse que ses talents de poétesse, qu’elle possédait indéniablement. Le Pape l’encensait, les râleurs cessaient de râler... Difficile de faire davantage l’unanimité, et cela s’explique aussi par le pouvoir d’union de la médecine, qui réconcilie jusqu'aux plus vieux ennemis. C’est même plutôt simple, non ?



Citation:
    Récit - Le Seigneur et le Colporteur

    - Par Clélie -

    Un matin de marché, un jeune colporteur arriva aux portes d'un village avec sa petite charrette chargée de rubans, de peignes, de boutons et de quelques belles étoffes. Il s'installa près de la fontaine et se mit à vanter sa marchandise :

    - Approchez, bonnes gens ! Rubans de Flandre, peignes de buis, aiguilles fines et étoffes si douces qu'une dame pourrait y cacher ses secrets !

    Le marché allait bon train lorsqu'un seigneur local descendit de son château. Il s'arrêta devant la charrette et fronça les sourcils.

    - Toi ! Que fais-tu ici ?

    Le colporteur s'inclina bien bas.

    - Je vends quelques marchandises, Monseigneur, avec la permission du prévôt.

    - Et qui t'a permis de prendre la place devant MA fontaine ?

    - Personne, Monseigneur. Mais elle est au marché, et le prévôt m'a dit que je pouvais m'y installer.

    Le seigneur réfléchit un instant.

    - Tu m'as donc désobéi !

    Le jeune homme pâlit.

    - Mais je ne vous avais encore jamais rencontré.

    - Voilà bien la preuve de ton insolence ! Tu oses prétendre que je mens ?

    - Je ne prétends rien, Monseigneur. Je dis seulement que je ne pouvais vous désobéir puisque je ne vous connaissais pas.

    Quelques villageois détournèrent la tête pour cacher leur sourire.

    Le seigneur, peu amusé, poursuivit :

    - Et hier, quelqu'un a parlé de toi au marché.

    - Ce n'était point moi, Monseigneur. Hier, j'étais encore à deux villages d'ici.

    - Tu vois ! Tu recommences !

    - Recommencer quoi ?

    - À parler !

    Le colporteur resta silencieux.

    Le seigneur sourit.

    - Voilà. Maintenant, tu admets que tu es coupable.

    Le pauvre garçon ouvrit la bouche, puis la referma. Il comprit alors que, quoi qu'il dise, le seigneur trouverait toujours un nouveau reproche. Alors il prit doucement ses rubans, ses peignes et ses étoffes et commença à ranger sa charrette.

    Le seigneur demanda :

    - Où vas-tu donc ?

    - Là où mes paroles seront moins nombreuses que vos accusations, Monseigneur.

    Et il partit sous les regards amusés des villageois.

    Le prévôt, qui avait assisté à toute la scène, s'approcha du seigneur.

    - Monseigneur...

    - Quoi encore ?

    - Je crois que vous venez de perdre un vendeur qui faisait pourtant bonne recette au marché.

    Le seigneur regarda la charrette disparaître au bout du chemin.

    - Bah ! Il était sûrement mauvais marchand.

    Le prévôt haussa les épaules.

    - Peut-être. Mais il avait au moins une qualité.

    - Laquelle ?

    - Il savait quand il était inutile de discuter.


    Moralité

    Quand le puissant a décidé d'avoir raison, la vérité elle-même n'arrive à lui donner tort.
    Et parfois, mes amis, mieux vaut reprendre sa charrette et partir,
    que de rester sur place à expliquer pourquoi l'on n'est pas coupable.



Citation:
    Les arts, petites abeilles de la Création

    - Par Laodin -

    La danse ; la musique, le chant ; la peinture, la sculpture ; le théâtre ; la prose, la poésie ; l’architecture ; la couture... Tant de concepts, de principes qui ont cependant pour but de créer le Beau, ou alors d’enrichir l’esprit. Aristote le disait lui-même : « Tout art et toute recherche, de même que toute action et toute délibération réfléchie, tendent, semble-t-il, vers quelque bien » (seizième logion). Et, en effet, les arts, quand inscrits dans la vertu, ont cette capacité à transcender les artistes, et émouvoir les spectateurs. Une communion qui touche au sensible, là où celle d’une église touche au sacré...

    Il n’est pas facile de définir le mot art, ni d’énumérer ses représentants dans leur totalité. Toute création peut être considérée comme un art, du moins lorsqu’il existe plus d’une façon de l’achever. Même la différence entre artisan et artiste n’est pas si évidente : après tout, on dit bien de l’artisan qu’il maîtrise son art. Moi qui me suis mis récemment à la charpente, je peux vous dire qu’il y a tout un art ! Assembler des planches, les scier, les polir ressemble en bien des aspects à de l’art, et il me plaît de varier les formes sans nuire à l’utilité. Mais je suppose que vous en avez déjà assez d’entendre le mot art, alors faisons un grand écart et détournons quelques instants le regard.

    D’une certaine manière, quoique j’en sois sûr à la réflexion, chacune de nos créations est elle-même le produit de la Création, à laquelle nous rendons hommage par notre travail. C’est vrai : le tissu avec lequel vous faites toutes ces splendides tapisseries - vous ou quelqu’un d’autre, je ne sais pas - est lui-même tiré de matières naturelles, qui étaient en mesure d’exister avant nous. Le joaillier sculpte directement dans la pierre précieuse, qui provient des entrailles de la Terre. L’architecte redessine son environnement selon les matériaux qu’il juge beaux et appropriés, voire joue à l’intérieur d’eux-mêmes comme avec les maisons troglodytes... Et pour la littérature et les arts scéniques, alors ? Eh bien, c’est l’esprit qui s’occupe de tout, en compensant l’absence de support par une totale liberté de mouvement et d’espace. C’est ainsi que la poésie survit même lorsqu’un parchemin est brûlé, parce qu’il est possible de la restituer par des moyens immatériels, que même la mort pourrait ne pas vaincre.

    L’esprit, de façon générale, est invincible, tant que son détenteur s’efforce de le garder ou de transmettre son héritage aux générations futures. Oui, la création de l’Église était aussi tout un art, et le sacrifice de son auteur n’emporta guère son esprit. Puis fut inventé l’art liturgique, cérémonies, l’art sigillaire... Mais je m’éloigne sans doute beaucoup. Ce qu’il faut retenir, avant tout, est que l’art, bien que dicté par certaines conventions, est une forme aussi mouvante que le message qui le porte. L’art est l’expression la plus concrète de l’esprit, répondant soit au besoin de Beau, soit au besoin de Vérité - souvent les deux.

    Il y a l’art communautaire, formé par un ensemble de volontés, et l’art personnel, qui lui reflète une vision unique. Des deux surgissent les mêmes effets : une meilleure compréhension de soi, et pour les aristotéliciens, une meilleure compréhension de Dieu. « Pour approcher Dieu et la compréhension de l’univers, l’art est pour vous un plus sûr moyen que la raison et que la philosophie », formule Christos (dix-huitième logion). Toutefois, comme celui-ci le rappelle, il ne faut jamais chercher à comprendre l’inexplicable, car cela rend l’individu malheureux. Cette exploration des mystères divins est en fait, par l’art, l’exploration de sa place dans l’univers, de ce que nous sommes au fond de nous. Par une œuvre, on prend confiance en soi, on se libère souvent d’un fardeau, et l’on trouve apaisement comme sens dans notre vie. On dit souvent que l’on accouche d’une œuvre et cela est on ne peut plus vrai, étant donné qu’un tel acte libère comme il transcende la psyché.

    De fait, l’art est le produit même de la subjectivité, car fortement influencé par nos goûts, nos convictions ; bien qu’une partie du public puisse les partager, tout comme d’autres peuvent tout simplement apprécier la maîtrise d’une technique ou le rendu final. Une œuvre exprime une pensée, et si cette pensée n’est pas universelle, au moins son apparence peut-elle accéder à une certaine forme d’immortalité. La cause efficiente (autrement dit le rendu souhaité par l’artiste) est à la fois plus superficielle que la cause finale (autrement dit, la raison pour laquelle l’artiste crée), et plus éternelle. Dans une guerre, les intentions dépassent les méthodes employées ; dans l’art, les méthodes employées dépassent les intentions, en pouvant être réapproprié par ses spectateurs. Même une peinture de guerre peut être belle, alors que les conflits sont laids...

    Les plus anciens peuples, comme les Grecs, savaient produire des chefs-d’œuvre qui font encore date aujourd’hui, malgré leur caractère païen. Je défie quiconque de ne pas trouver beau le Parthénon, dont j’ai pu admirer quelques gravures. Son but était de rendre hommage à Athéna, une déesse païenne, pourtant cela me ferait mal au cœur de voir un si bel édifice être détruit du jour au lendemain. Des règles esthétiques universelles ayant été appliquées, comme celle du nombre d’or qui harmonise les formes, il devient possible de s’émouvoir d’une structure, d’une création pour laquelle nous devrions normalement ressentir une certaine froideur. « La beauté résulte de certaines proportions et de certaines mesures et rythmes harmonieux », expliquait Aristote, et c’est exactement ce qui se produit devant certaines œuvres étrangères à nos croyances. Le Père Etiled et le Frère Roger développent encore plus cette idée : « N’importe quelle création reconnaissant la divine proportion doit ainsi être appréciable par l’humanité toute entière, car celle-ci peut y voir le sublime et la perfection de la création de l’Être divin » (De la beauté de l’univers, du nombre d’or et du Très-Haut).

    Reste, bien sûr, le danger de se détourner de la foi aristotélicienne en perdant tout sens critique par une admiration aveugle pour l’art. Le temple d’Apollon à Stagire fut foudroyé par Dieu, malgré sa probable beauté esthétique. Les sept merveilles du monde se résument désormais à une seule, dont le parement s’efface petit à petit. Rien n’est voué à durer dans le temps si une vérité imparfaite, éphémère n’est pas revigorée par la puissance de la foi. Le Panthéon, dont l’étymologie signifie temple de tous les dieux, est encore debout aujourd’hui parce que l’Église décida d’en faire au septième siècle un édifice de la foi aristotélicienne. Ainsi, la beauté esthétique d’un tel ouvrage allait servir à la beauté de la foi, une erreur d’intention justifiant plus la transformation que la destruction totale.

    L’art est subjectif, mais aussi universel dans sa beauté. C’est un paradoxe qui peut s’expliquer par l’utilisation des codes propres à son expression, dépassant parfois son sens profond. Une belle œuvre nourrit le Beau, dans la lignée de l’E pluribus, unum (et de plusieurs, un) qui fut révélé par un ange à Noam (Noam, père de l’oanisme). Telles des abeilles, nous butinons de notre côté, mais finissons invariablement par nourrir la Création aussi bien qu’une ruche. La barrière de la langue, et de l’identité ne nous empêche aucunement d’ailleurs de nous comprendre les uns les autres dans la beauté de l’art... Bzzz bzzz ? Bzzz bzzz !



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    Brèves

    Citation:
    « Les mérites des Archanges »

    - Par Melo -

    Novembre est consacré à l'archange St Michel. Je vous laisserai lire bien entendu son hagiographie qui est fort intéressante. Outre le texte, je propose de se concentrer sur ce qui fait qu'il a été choisi pour être archange. Quels sont les critères ?

    Suffit-il d'être courageux, fort ou croyant ? Évidemment que non, sinon nous connaissons tous des personnes qui mériteraient de le devenir.

    Suffit-il d'avoir une vie exemplaire, basée sur la justice, la protection des plus faible ?

    Ou bien d'avoir une foi si profonde que rien ne nous détourne de Lui, même dans les situations les plus difficiles ?

    Ou bien faut-il se sacrifier ? Après tout, Michel refuse de partir lors de la destruction d'Oanylone alors qu'il pourrait être sauvé. Ce sacrifice lui permet de sauver de nombreuses vies, au dépens de la sienne.

    Ou bien faut-il être un grand guerrier ? Michel l'est ! Dès son enfance, il apprend la chasse, le maniement de la lance le pistage, etc. Pourtant, il n'a jamais tué personne.

    Alors qu'est-ce qui fait que les Archanges sont choisis pour être Archange ?

    Sûrement un peu de tout cela :
    - une foi inébranlable
    - une vertu exceptionnelle
    - un sacrifice de soi
    - se soumettre sans condition à la volonté divine
    - accomplir la mission divine qu'Il nous envoie
    - justice, force, courage, don de soi, protéger la vie...
    - et finalement être choisi pour l'ascension.

    Devenir Archange est une rareté, auquel nous devons tous tendre car ils nous inspirent. C'est pourquoi connaître leurs histoires est si important.


    Citation:
    « Le mot - Nonciature »

    - Par Cyphus -

    Est-ce l'opposé de la Ouiciature ? Pas du tout ! La Nonciature est une institution romaine qui est l'équivalente des chancelleries provinciales ou des ambassades royales. Autrement dit, la Nonciature gère les relations diplomatiques avec les institutions temporelles.

    Selon le Droit Canon, la Nonciature est décrite comme suit :


    « La Nonciature Apostolique est le dicastère romain chargé de la représentation diplomatique du Saint-Siège auprès des institutions laïques, ainsi que de la négociation et de la conclusion de Concordats, traités, conventions et accords de toute nature avec la ratification de la Curie Romaine, soit par décision du Souverain Pontife soit par vote du Sacré-Collège des Cardinaux. »


    Houlà, pourquoi expliquer un mot compliqué avec d'autres noms compliqués ?

    En clair, cet article signifie que si votre province souhaite signer un concordat ou tout autre accord avec Rome, c'est avec la Nonciature que cela se passe. Ces discussions sont conduites par des nonces, le nom donné aux ambassadeurs de Rome.

    D'ailleurs, savez-vous que les concordats sont consultables à la Nonciature ? C'est ici (NDLR : accès requis au moment de la publication) ! Bonne lecture !



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    Jeux

    - Par Laodin -


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Quiz de compréhension

1. Quelle fut l’épreuve envoyée par l’Archange Raphaëlle à Sainte Hildegarde ?

A. Une épidémie dans son abbaye
B. Un enfant mortellement blessé
C. Des inquisiteurs venus douter de sa santé mentale
D. Un repas qu’elle devrait assaisonner uniquement avec du chèvrefeuille

2. Quel était le cheval de bataille de Sainte Hildegarde ?

A. Permettre à toutes les femmes de pouvoir s’éduquer
B. Faire de tous les théologiens des médecins aguerris
C. Interdire l’utilisation des plantes à des fins récréatives
D. Bucéphale... C’était un très bon cheval

3. Dans la fable, que reproche le Seigneur au Colporteur ?

A. De s’être installé au marché sans son autorisation
B. De troubler la tranquillité de son fief par ses cris
C. De spéculer sur les marchandises afin de tirer le plus de profits
D. De fomenter un complot avec l’aide du prévôt

4. Quelle est la morale de cette même fable ?

A. Que l’enfer est pavé de bonnes intentions
B. Qu’il est inutile de discuter avec ceux qui refusent d’entendre
C. Que les us et coutumes diffèrent d’une région à une autre
D. Que la vie d’un colporteur n’est pas de tout repos, quand même

5. Pourquoi crée-t-on une œuvre ?

A. Pour trouver du sens et de l’apaisement dans nos vies
B. Pour s’exprimer mieux que par le simple dialogue
C. Pour laisser un héritage aux générations futures
D. Un peu de tout ceci, non ? Je crois ?

6. Comment l’art transcende-t-il les différences communes ou individuelles ?

A. En véhiculant un message positif pour l’humanité
B. En étant neutre et dénué de toute intention autre qu’esthétique
C. En adoptant une forme pouvant être interprétée ou réinterprétée selon les désirs
D. Par son réalisme

7. Qu’est-ce qu’un nonce ?

A. Un laïc bénéficiant de droits cléricaux
B. Le chef de guerre parfait selon l’aristotélisme
C. Un ambassadeur romain
D. Le contraire d’un ouice


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Le jeu des gâteaux

Une fête d’anniversaire a lieu pour votre cousin, qui est médecin. Afin de lui faire plaisir, vous avez décidé de lui préparer des gâteaux de la joie, l’une des recettes inventées par Sainte Hildegarde qu’il admire tant. Seulement voilà : pas moyen de remettre la main sur votre livre de recettes ! À vous d’identifier la bonne liste d’ingrédients parmi les trois, en faisant appel à votre sens de la déduction ou à vos connaissances.


« Ils dispersent l’amertume qui est dans ton cœur, ils l’apaisent et l’ouvrent. Mais ils ouvrent aussi tes cinq sens, te rendent gai, purifient tes organes sensoriels, réduisent les humeurs nocives et donnent à ton sang une bonne composition. Ils te rendent robuste, joyeux et efficace dans ton travail. »


Recette n°1

- 1 once de noix de muscade
- 1 once de cannelle
- 0,3 once de clou de girofle
- 2,2 livres de farine d’épeautre
- 10 onces de beurre
- 10 onces de miel
- 10 onces d’amandes douces pilées
- 4 œufs
- une prise cuillerée à café de sel
- eau ou lait

Recette n°2

- vin
- violettes
- galanga
- réglisse

Recette n°3

- 1 once de gingembre en poudre
- 10 onces de farine de fève
- 0,1 livre de pétales de souci


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Le jeu des simples

Promenons-nous dans les bois tant que le loup n’y est pas... Eh bien, je ne suis pas très fier de vous : ce sont justement quatre hommes, dont trois loups, qui vous attendent à l’orée d’une clairière ! Ils se ressemblent tous, mais un seul vous indiquera le bon chemin dans votre récolte de simples. Ne vous trompez pas ; une fois isolé et perdu, vous pourriez bien faire un excellent repas !


Individu suspect n°1 : « Vous trouverez des fleurs de bourrache près de la cascade d’Azazel. »

Individu suspect n°2 : « On m’a dit qu’il y avait des feuilles de menthe du côté de la souche d’Ahriman. »

Individu suspect n°3 : « Contournez le rocher d’Adonia et vous tomberez sur des branches de thym. »

Individu suspect n°4 : « Je sais qu’il y a des baies de sureau noir au niveau de la butte d’Acherpée. »



Solution du quiz :

1. B
2. A
3. A
4. B
5. D
6. C
7. C

Solution du jeu des gâteaux :

La bonne recette est la recette n°1.

Solution du jeu des simples :

Les loups sont les individus n°1, 2 et 4 (Azazel est un Prince-démon, Ahriman un blasphémateur et Acherpée une fausse déesse).

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